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Ces paroles nous disent avant tout quel est le style de Dieu. Dieu ne se révèle pas par les moyens de la puissance et de la richesse du monde, mais par ceux de la faiblesse et la pauvreté... Le Christ, le Fils éternel de Dieu, qui est l’égal du Père en puissance et en gloire, s’est fait pauvre; il est descendu parmi nous, il s’est fait proche de chacun de nous, il s’est dépouillé, «vidé», pour nous devenir semblable en tout... La charité, l’amour, signifient partager en tout le sort du bien-aimé. L’amour rend semblable, il crée une égalité, il abat les murs et les distances. C’est ce qu’a fait Dieu pour nous...
On a dit qu’il n’y a qu’une seule tristesse, c’est celle de ne pas être des saints (Léon Bloy); nous pourrions également dire qu’il n’y a qu’une seule vraie misère, c’est celle de ne pas vivre en enfants de Dieu et en frères du Christ.
À l’exemple de notre Maître, nous les chrétiens, nous sommes appelés à regarder la misère de nos frères, à la toucher, à la prendre sur nous et à œuvrer concrètement pour la soulager. La misère ne coïncide pas avec la pauvreté; la misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance. Nous pouvons distinguer trois types de misère: la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle.
La misère matérielle est celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine: ceux qui sont privés des droits fondamentaux et des biens de première nécessité comme la nourriture, l’eau et les conditions d’hygiène, le travail, la possibilité de se développer et de croître culturellement. Face à cette misère, l’Église offre son service, sa diakonia, pour répondre aux besoins et soigner ces plaies qui enlaidissent le visage de l’humanité. Nous voyons dans les pauvres et les laissés-pour-compte le visage du Christ; en aimant et en aidant les pauvres nous aimons et nous servons le Christ. Notre engagement nous pousse aussi à faire en sorte que, dans le monde, cessent les atteintes à la dignité humaine, les discriminations et les abus qui sont si souvent à l’origine de la misère. Lorsque le pouvoir, le luxe et l’argent deviennent des idoles, ils prennent le pas sur l’exigence d’une distribution équitable des richesses. C’est pourquoi il est nécessaire que les consciences se convertissent à la justice, à l’égalité, à la sobriété et au partage.
La misère morale n’est pas moins préoccupante. Elle consiste à se rendre esclave du vice et du péché. Combien de familles sont dans l’angoisse parce que quelques-uns de leurs membres – souvent des jeunes – sont dépendants de l’alcool, de la drogue, du jeu, de la pornographie! Combien de personnes ont perdu le sens de la vie, sont sans perspectives pour l’avenir et ont perdu toute espérance! Et combien de personnes sont obligées de vivre dans cette misère à cause de conditions sociales injustes, du manque de travail qui les prive de la dignité de ramener le pain à la maison, de l’absence d’égalité dans les droits à l’éducation et à la santé.
Dans ces cas, la misère morale peut bien
s’appeler début de suicide. Cette forme de misère qui est aussi cause de
ruine économique, se rattache toujours à la misère spirituelle qui nous
frappe, lorsque nous nous éloignons de Dieu et refusons son amour. Si nous
estimons ne pas avoir besoin de Dieu, qui nous tend la main à travers le
Christ, car nous pensons nous suffire à nous-mêmes, nous nous engageons sur
la voie de l’échec. Seul Dieu nous sauve et nous libère
vraiment.
L’Évangile est l’antidote véritable contre la misère
spirituelle: le chrétien est appelé à porter en tout lieu cette annonce
libératrice selon laquelle le pardon pour le mal commis existe, selon
laquelle Dieu est plus grand que notre péché et qu’il nous aime
gratuitement, toujours, et selon laquelle nous sommes faits pour la
communion et pour la vie éternelle...
Chers frères et sœurs, que ce
temps de Carême trouve toute l’Église disposée et prête à témoigner du
message évangélique à tous ceux qui sont dans la misère matérielle, morale
et spirituelle; message qui se résume dans l’annonce de l’amour du Père
miséricordieux, prêt à embrasser toute personne, dans le Christ. Nous ne
pourrons le faire que dans la mesure où nous serons conformés au Christ, Lui
qui s’est fait pauvre et qui nous a enrichis par sa pauvreté.